playdoyer pour la proximité
« Encore une nouvelle maison d’édition ? » : il faudra s’y faire. L’avenir est dans l’atome, c’est dans l’ère du temps et les Éditions Duplésir lancent l’offensive sur les imaginaires. Dans son viseur ? les librairies comme les lecteurs. Réveillez-vous ! et donnez-nous de l’argent.
Aux libraires de quartier qui craignent le remplacement aussi bien par les superstructures que les géants numériques, n’oubliez-pas que les grandes maisons d’édition ne vous soutiennent pas : écouler leurs stocks est la seule chose qui leur importe. Pour preuve, elles n’ont jamais retiré leurs produits des sites de ces fossoyeurs, en dépit de leurs discours d’apparat sur l’importance des librairies de proximité. Un allié digne de ce nom n’est pas seulement là pour déplorer votre perte : il est censé œuvrer pour l’éviter. Les petits auteurs doivent soutenir les petites librairies, c’est une alliance naturelle, de bon sens, qui nourrit les deux partis et entretient un besoin mutuel, basé sur la collaboration.
La lecture évade comme elle éveille, mais un auteur ne peut évoquer l’évasion que s’il est lui-même enraciné quelque part. Le cas échéant, il n’y arrive que par le concours d’une plume floue, qui ne concerne véritablement personne et qui se trouve simplement suffisamment impersonnelle pour créer une distance universelle. Car il faut bien avoir une chose en tête : l’art dicte la vie bien plus qu’il ne la raconte. C’est particulièrement vrai aujourd’hui, où le prêt-à-penser sature les imaginaires. En déléguant la représentation à ces grossistes du verbe, les esprits sont racolés pêle-mêle et recrachés dans une façon d’être factice : une programmation à laquelle on se soumet volontairement, sans plus ou presque qu’elle ne soit questionnée. Mais l’universalisme est une impasse. Les différences sont à célébrer. Les nier ne rapproche pas les gens et ne sert qu’à niveler les identités aux normes des classes dominantes. Lire local est le seul remède à cette hérésie, que ce local soit le sien ou celui d’un autre. Quand les esprits s’homogénéisent, plus rien ne circule. Même vaste, le monde se fige : l’ambre, c’est joli au soleil, mais cette lumière est artificielle. C’est un catadioptre, un objet qui ne s’amine que lorsque les instances lumineuses sont assez clémentes pour étinceler dans sa direction. Il est temps de laisser les distinctions scintiller par elles-mêmes.
Sur notre site sont répertoriées les librairies où il est possible de se procurer nos ouvrages. En prenant d’abord d’assaut celles qui nous entourent, nous comptons bien nous répandre à la façon d’un virus : le virus Duplésir, et la contamination sera organique, une poignée de main pleine de germes à la fois. Refusez le prêt-à-être ! succombez différemment ! cédez à la fièvre Duplésir.